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Autorités concernées

Pendant l’été 2011, le Bureau du commissaire à l’équité a mené des entrevues avec diverses autorités concernées.

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Transcriptions des vidéos

Jeanne Batalova

Washington, DC

Lorsque des immigrants qualifiés émigrent aux États-Unis, ils font souvent face au problème suivant : ils ne sont pas en mesure de traduire leur expérience professionnelle, leur cursus éducatif et leur formation dans un contexte américain. Ils finissent donc par travailler comme gardien d’enfants ou chauffeur de taxi, alors que dans leur pays d’origine, ils étaient ingénieurs, médecins, scientifiques ou avocats. Le sous-emploi des immigrants qualifiés, que nous appelons aussi « gaspillage des cerveaux », est un problème sérieux aux États-Unis. Dans le cadre de nos recherches au Migration Policy Institute, nous avons déterminé qu’un immigrant qualifié sur cinq est au chômage ou occupe un emploi peu qualifié et peu rémunéré offrant peu de perspectives en termes de progression de carrière.

Aux États-Unis, il n’existe aucune loi similaire à la Loi sur l’accès équitable aux professions réglementées de l’Ontario. Le contexte politique est très différent. La plupart du temps, l’opinion publique américaine ne s’intéresse pas à l’arrivée d’immigrants hautement qualifiés. Ce qui retient son attention, c’est l’immigration illégale et les mesures à prendre pour y remédier. Les organismes professionnels de réglementation et de délivrance de permis protègent jalousement leur territoire. Ceci étant, plusieurs professionnels immigrants ont rejoint les rangs d’organismes tels que l’American Medical Association et ils initient des changements de l’intérieur.

Au Migration Policy Institute, nous estimons qu’il existe un certain nombre de choses qui peuvent et qui doivent être faites pour limiter le « gaspillage des cerveaux ». Premièrement : continuer à analyser les facteurs qui permettraient de calculer son coût : une fois que le gouvernement fédéral, les gouvernements au niveau des États et les administrations municipales auront une idée de ce que coûte le sous-emploi des compétences, nous pourrons commencer à voir les politiques changer. Deuxièmement : il y a beaucoup de promesses, de pratiques et d’organismes vraiment fantastiques qui aident aujourd’hui les immigrants à relancer leur carrière aux États-Unis. Donc une solution intéressante consisterait à financer ces organismes et à diffuser les meilleures pratiques de façon à ce qu’elles puissent être transférées à d’autres États et à d’autres professions.

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Dr Ian Bowmer

Ottawa, Ontario

Le Conseil médical propose un titre de compétences que les organismes de réglementation provinciaux utilisent dans leur processus de délivrance de permis. La Loi sur l’accès équitable aux professions réglementées de l’Ontario est l’une des initiatives nationales qui ont, je pense, vraiment amélioré l’accès à la profession à travers le pays pour les médecins diplômés à l’étranger.

L’organisme de réglementation des médecins se soucie vraiment de la sécurité du public, mais le public ne réalise pas nécessairement qu’un médecin n’est pas un médecin. Et ce dont nous avons le plus besoin en ce moment au Canada, ce sont des personnes qui peuvent aller dans les petites collectivités et apporter des soins généraux. Et s’il se trouve que vous êtes quelqu’un qui a travaillé dans une ville comme cardiologue ou oto-rhino-laryngologiste, vous n’allez pas pouvoir aller dans cette collectivité et y offrir toute une gamme de soins variés.

Dans ce pays, la délivrance du permis d’exercice de la médecine est un véritable casse-tête. C’est incroyablement complexe parce qu’il y a treize provinces et territoires plutôt qu’un seul pays. Les règlements qui s’appliquent en Ontario ne sont pas les mêmes que ceux qui s’appliquent au Québec ou en Colombie-Britannique. Donc les médecins qui immigrent au pays ont énormément de mal à savoir ce qu’ils doivent faire pour satisfaire les exigences de chaque organisme de réglementation.

Les instructions que nous avons données à ces personnes sont très complexes et lorsque l’anglais n’est pas leur langue maternelle, c’est encore plus déroutant. La Loi sur l’accès équitable aux professions réglementées de l’Ontario et le Bureau du commissaire à l’équité ont surtout eu un impact sur l’Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario. Mais puisqu’ils utilisent nos titres de compétences comme une tierce partie, la commissaire à l’équité s’est intéressée à nous et à la façon dont nous menons nos affaires, ce qui nous a forcés à revoir un grand nombre de nos processus.

Je suis optimiste : au cours des trois à dix prochaines années, les choses vont nettement s’améliorer.Haut ›

Mohammed Brihmi

Toronto, Ontario

Un des clefs des valeurs de l’Ordre royal des chirurgiens dentistes de l’Ontario est l’équité et la transparence.  Le processus d’évaluation de demandes sont faites par le personnel d’une façon rapide et personnalisée.  L’autre chose qui est importante c’est que l’Ordre prend en considération des situations des professionnels qui viennent des pays où il y a des conflits et des guerres. Donc dans ce genre de situations parfois les professionnels ne peuvent pas avoir accès à la documentation. Ce qui fait, l’Ordre, dans ce genre de circonstance, comme c’était le cas en Bosnie, en Iraq, en Afghanistan, il prend la sermentation sur l’honneur comme une façon pour récompenser le manque de quelques documentations.  La seule question qui se pose c’est la question de la protection du publique dans le traitement de toutes demandes. 

Les gouvernements quelque soit au niveau fédéral ou provincial ont poussé pour la libre circulation de la main-d’œuvre au niveau du pays.  Ce qui fait que de plus en plus dans le domaine de toutes les professions, on permet, on essaie d’ouvrir les portes pour que nous puissions bénéficier des expertises des professionnels qui peuvent venir enrichir notre société et répondre à des besoins spécifiques en terme de professions, incluant dans le domaine de la médecine dentaire. 

Même si je suis fier d’être citoyen canadien depuis plus près de trente ans, je vois au quotidien la contribution des professionnels qui nous arrivent d’ailleurs dans plusieurs domaines. Depuis 2007, l’Ordre a tenu un forum national pour traiter de la reconnaisance  de cette question des admissions et de la reconnaisance des diplômes et des professionnels formés à l’étranger.  L’Ordre prend cette question d’une façon très sérieuse, et il la traite comme une question de justice et d’équité.Haut ›

Emily Cheung

Toronto, Ontario

Comprendre le système de réglementation au Canada et en Ontario en particulier est quelque chose de nouveau pour cette profession et il est nécessaire de faire de la pédagogie dans ce domaine aussi. De même, le système de soins de santé canadien est différent de celui qui existe dans le pays d’où le professionnel est originaire. Donc il faut essayer de faire comprendre ça aux médecins, qu’ils exercent déjà en Ontario ou qu’ils proviennent d’un autre pays. C’est quelque chose qui doit être porté à l’attention des médecins avant qu’ils demandent un permis d’exercer.

Désormais, la Loi sur l’accès équitable aux professions réglementées de l’Ontario aide les organismes de réglementation, ainsi que l’ensemble des personnes impliquées à faire preuve d’un plus grand discernement. Elle va nous aider à nous assurer que nos pratiques actuelles et futures en matière d’inscription sont transparentes et que le processus est équitable, impartial et objectif.

Le Bureau du commissaire à l’équité a une valeur inestimable dans le sens où il permettra sans aucun doute de mieux faire comprendre que les professionnels qui ont été formés ici et ceux qui l’ont été à l’étranger se complèteront et permettront à la profession d’atteindre un autre niveau.

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Grace-Edward Galabuzi

Toronto, Ontario

Je pense que la loi sur l’accès équitable est efficace pour répondre aux préoccupations des professionnels immigrants. Il reste encore beaucoup à faire, mais il faut absolument poursuivre dans cette voie.

Le rôle du Bureau du commissaire à l’équité est de faire en sorte que la loi soit mise en œuvre de façon efficace, afin que nous puissions répondre aux préoccupations des professionnels immigrants et de l’ensemble de la population. Force est de constater qu’au cours des 15 ou 20 dernières années, un grand nombre des immigrants qui sont arrivés au Canada étaient des personnes ayant déjà des connaissances et une expérience antérieures, et nous devons tirer le meilleur parti des compétences qu’ils apportent dans le pays. Il faut donc élargir le marché du travail pour que nous puissions utiliser les compétences et les talents de bon nombre des professionnels immigrants qui arrivent au Canada.

Le problème de l’accréditation et de l’accès à l’emploi pour les professionnels immigrants a véritablement été pris en compte pour la première fois vers 1989, au moment du rapport Cummings. Depuis lors, nous avons dû composer avec cette question. Certaines générations d’immigrants qui sont arrivés dans le pays ont du mal à intégrer durablement le marché du travail dans leurs domaines de formation et d’expérience. C’est grave. Il faut agir, en particulier maintenant que nous entrons dans une période où une minorité importante des actifs appartiennent à certains groupes ethniques ou sont des immigrants.

Je pense que dans environ cinq ou dix ans, si l’action de la commissaire et les autres actions en cours et si la mise en œuvre de la loi prouvent leur efficacité, nous commencerons véritablement à faciliter l’accès aux diverses professions et aux différents métiers, et à faire en sorte que les immigrants qualifiés puissent utiliser leurs compétences à leur avantage en tant que particuliers et à celui de leurs familles, mais aussi pour en faire profiter l’économie.

Je suis toujours optimiste. Je suis optimiste de nature. Je crois que nous avons en quelque sorte franchi une étape sur cette question, et je pense que nous allons commencer à voir la différence en termes d’accès aux professions et aux métiers pour de nombreux immigrants qui arrivent au Canada.

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Lesleyanne Hawthorne

Melbourne, Australia

Eh bien, il existe un certain nombre de similitudes entre le Canada et l’Australie qui sont essentielles. Premièrement, nos deux pays ont des programmes d’immigration de main-d’œuvre qualifiée importants et proactifs. Ces personnes représentent environ les deux tiers de l’ensemble de nos immigrants admis. Deuxièmement, la population totale de l’Australie compte 24 p. 100 d’immigrants de première génération, contre 19 p. 100 au Canada. C’est donc un enjeu capital pour nos deux pays. Et troisièmement, nos économies sont dans un cycle très similaire.

Mais il y a aussi des différences essentielles. La première est que l’Australie a pris d’importantes mesures proactives depuis les années 1980 pour faciliter la reconnaissance des titres de compétences. Je pense qu’un certain nombre de ces mesures ont servi d’exemple au plan mondial. Deuxièmement, au cours de la dernière décennie, nous avons sélectionné les principaux auteurs d’une demande qualifiés en fonction de leurs capacités en anglais et de la reconnaissance de leurs titres de compétences. Si leurs diplômes n’ont aucune chance d’être reconnus, ils ne peuvent pas prétendre à une migration économique.

Pour commencer, rien n’est plus important que l’anglais. Toutes nos recherches au cours des deux dernières décennies montrent qu’un immigrant ayant un excellent niveau en anglais est quatre fois plus susceptible d’obtenir un emploi dans sa profession que s’il maîtrise mal la langue.

Notre principal problème est donc que nous utilisons des systèmes de réglementation datant du XIXe siècle pour essayer de gérer les flux migratoires au XXIe siècle, à l’heure de la mondialisation. Bien souvent, les systèmes ne sont pas adaptés aux objectifs.

L’Australie a fait un certain nombre de choses pour accélérer la reconnaissance. Et j’aimerais tout d’abord prendre l’exemple de la médecine. À l’ère de la mondialisation, les étudiants choisissent le lieu de leurs études. Actuellement, on compte 3 500 étudiants en médecine de nationalité canadienne qui étudient à l’étranger. Quatre-vingt-dix-neuf pour cent des médecins qui suivent leur formation en Australie passent les examens du Conseil médical du Canada. Et pourtant, je crois savoir qu’il n’existe pas de voie rapide pour faire revenir au Canada ceux de vos concitoyens qui ont obtenu leur diplôme à l’étranger. Cela me paraîtrait parfaitement logique de changer le système pour faciliter leur retour. Et il me semble que la majorité d’entre eux est originaire de l’Ontario.

Hiérarchiquement, je dirais que l’Australie est plutôt bien placée, mais que nous connaissons actuellement des transitions importantes. Le Canada fait moins bien, mais il est très en avance par rapport à de nombreux autres États qui accueillent des immigrants. Et comparativement à certains pays, notamment européens, qui commencent tout juste à devoir instaurer des programmes d’immigration proactifs, le Canada est loin devant. Des pays comme l’Allemagne ont connu des résultats catastrophiques dans de nombreuses professions spécialisées en termes de main-d’œuvre étrangère. Il y a donc un mouvement mondial visant à concevoir de meilleurs systèmes pour recruter des professionnels de la santé et de tous les autres domaines, ainsi que pour utiliser leurs compétences.

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Salman Kureishy

Toronto, Ontario

Les avantages du programme de transition sont à mon avis de trois ordres. Premièrement, les conseils qui sont prodigués. Très souvent, lorsque ces personnes arrivent, elles sont besoin d’être conseillées. Elles ont besoin de conseils de base pour savoir ce qui fonctionnera le mieux pour elles. Deuxièmement : la valeur des programmes de transition réside dans la réalisation d’une évaluation de leurs besoins. Comment pouvons-nous aider ces personnes? Troisièmement : les soutiens, les composants qui peuvent varier par rapport aux cours donnant droit à des crédits, donc dans le cas de l’université généralement, mais aussi dans le cas du mentorat, le soutien linguistique. Sans ces éléments clés, le chemin pour eux pourrait être beaucoup plus long et difficile. Je dirais que le système éducatif et de formation, tel qu’il existe à l’heure actuelle, comporte des lacunes élémentaires. Ce que je veux dire, c’est qu’il y a des éléments qui sont inexistants et que les programmes de transition offrent ces services et apportent ces soutiens. Comme nous l’avons vu dans le cadre du programme de transition au cours des quatre dernières années, le système de délivrance de permis est plus ouvert. Et par ouvert, je veux dire que les personnes reçoivent souvent une réponse quant à leur évaluation et aux raisons qui font qu’elle est ce qu’elle est. Deuxièmement, le processus d’appel a lui aussi évolué. Par le passé, les personnes n’avaient souvent pas accès à un processus d’appel clair et transparent. Aujourd’hui, la procédure d’appel est très claire.

Troisièmement, les exigences en matière d’expérience canadienne ont souvent été éliminées par la plupart des organismes de réglementation, ce qui constitue un gros changement par rapport à la procédure initiale où l’expérience dans le pays d’origine n’était pas reconnue. À l’heure actuelle, les trois organismes de réglementation des comptables ont éliminé cette exigence, ou sont en train de le faire, ou l’ont considérablement réduite ou offrent des alternatives. Je pense que c’est un gros changement.

Sur le plan éducatif, la liste des établissements qu’ils acceptent et qu’ils considèrent comme équivalents aux établissements canadiens s’est étoffée. Le processus s’est là aussi amélioré.
Initialement, je pense que l’on s’attendait à ce que le mandat du Bureau du commissaire à l’équité entraîne une certaine dilution de ces normes, à ce que le processus ne soit pas aussi rigoureux et à ce qu’il entraîne une dilution de la norme. Je ne pense pas que cette perception soit avérée. Maintenant, ça a commencé à changer, comme je vous l’ai dit, à cause des modifications concrètes qui ont été apportées. La perception a changé et je pense dans une large mesure qu’on doit cela au Bureau du commissaire à l’équité. Je pense que le travail qu’il a accompli et les rapports qu’il a rédigés y ont contribué.Haut ›

Elizabeth McIsaac

Toronto, Ontario

La Loi sur l’accès équitable aux professions réglementées de l’Ontario est importante, parce que c’est vraiment la première fois que nous voyons une réglementation et une législation portant sur la transparence et la responsabilisation des organismes de réglementation. Cela a permis d’encadrer les attentes et de fixer des points de référence. Ils sont en train d’élaborer un format pour les vérifications et une structure de responsabilisation. Ce ne sont que les premières étapes et c’est quelque chose d’inédit. Nous constatons que les autres provinces et territoires canadiens nous imitent. C’est important parce que c’est une base de départ. Mais il reste encore beaucoup d’étapes à franchir et de difficultés à surmonter. La situation peut évoluer de plusieurs façons.

Cette loi et le Bureau du commissaire à l’équité sont deux choses relativement nouvelles. À l’avenir, je pense que le Bureau va devoir évaluer et définir ses besoins. Il va devoir aussi déterminer s’il a l’autorité requise pour modifier les pratiques de certains organismes de réglementation. Je pense qu’il a été en mesure d’instaurer une relation fructueuse et privilégiée avec un grand nombre d’organismes de réglementation. Il faut cependant également s’assurer qu’il passe à la vitesse supérieure pour ce qui est de venir en aide aux nouveaux résidents ontariens et de s’assurer que ceux qui sont qualifiés pour obtenir leur permis l’obtiennent effectivement. Nous avons encore besoin, je pense, d’une solution pour que les immigrants soient en mesure de déposer un recours pour leur demande. La commissaire à l’équité et le Bureau du commissaire à l’équité représentent une approche très systémique de la transformation du système de réglementation. C’est important, mais je pense que nous avons aussi besoin d’avoir accès au recours individuel.

Je pense que ces grandes institutions, les organismes de réglementation, ont répondu présent. Et donc nous constatons que la transparence, la responsabilisation et la reconnaissance des titres de compétences obtenus à l’étranger deviennent une priorité dans des institutions où l’on n’en parlait pas auparavant. Et donc je pense que c’est une première étape vraiment importante et une excellente contribution de la part du Bureau.
Je pense donc qu’il y a du progrès. Nous voyons des employeurs de plus en plus ouverts au changement et qui sont prêts à apprendre à faire encore mieux. Et nous voyons des organismes de réglementation devenir de meilleurs partenaires. Et donc je suis optimiste, je pense que les choses peuvent changer, mais je pense aussi qu’il ne faut pas relâcher nos efforts. Je pense que nous devons rester vigilants et que nous devons insister sur l’adoption de meilleures pratiques.Haut ›

Michael Salvatori

Toronto, Ontario

Je pense que la Loi sur l’accès équitable aux professions réglementées de l’Ontario a vraiment aidé les professionnels, notamment ceux formés à l’étranger, à mieux comprendre quelles sont les exigences en matière de certification des professions réglementées et à disposer d’un meilleur accès aux renseignements dont ils ont besoin. Je pense qu’en tant qu’organismes de réglementation, nous avons répondu en simplifiant les démarches et en éliminant certains des obstacles auxquels font face les candidats. Le Conseil a répondu à l’adoption de la Loi par l’adoption de sa propre législation en 2009. Même avant ça, avant la création du Bureau du commissaire à l’équité, nous avions commencé un examen de nos propres pratiques en 2007. Nous nous étions entretenus avec plusieurs requérants formés à l’étranger, nous avions organisé des groupes de consultation et nous avions apporté certaines modifications à nos processus, afin de répondre à certains des défis auxquels les candidats faisaient face.

Nous avons apporté un certain nombre de modifications à nos processus et à nos exigences et je pense que l’une des modifications les plus importantes est le fait que nous n’exigeons plus des requérants ayant terminé leur programme à l’extérieur de l’Ontario qu’ils cumulent une année d’expérience en enseignement en Ontario avant de détenir ou avant d’avoir un brevet d’enseignement permanent, ce qui constitue un changement majeur. Il est très difficile actuellement, compte tenu de la situation sur le marché de l’emploi, de trouver un emploi et de cumuler cette année d’expérience en enseignement. Et donc le fait de supprimer cette étape signifie que les requérants formés à l’étranger reçoivent le même brevet d’enseignement que ceux qui suivent le même programme en Ontario. Un deuxième changement est que toutes nos demandes se font désormais en ligne, ce qui signifie que les requérants formés à l’étranger peuvent entamer le processus, ils connaissent les exigences requises. Le plus grand avantage, c’est qu’ils peuvent effectuer un suivi de leur demande en ligne. Une fois qu’ils ont déposé leur demande, ils peuvent consulter, dans un espace personnel protégé par mot de passe, la liste des documents qu’ils ont déjà, la liste des documents manquants et la liste des renseignements dont nous avons besoin. C’est un gros avantage.

En Ontario, dans l’enseignement, nous voulons de la diversité, nous voulons que les élèves puissent s’identifier à leurs enseignants. Le fait qu’une loi permette d’avoir un meilleur accès à la profession et qu’elle permette à un plus grand nombre de demandeurs formés à l’étranger d’accéder à la profession constitue pour nous tous une bonne nouvelle.

Je pense que la Loi nous a permis de faire un travail d’autocritique, d’analyser plus en détail nos propres processus, d’élaborer des procédures d’assurance de la qualité, de consacrer plus de temps à l’instauration des modifications à mettre en œuvre et de dialoguer avec nos organismes réglementaires partenaires. Cela nous a permis de nous rapprocher dans le cadre de certains projets entrepris en commun; de s’interroger les uns les autres quant à la mise en œuvre d’alternatives lorsque les documents ne sont pas disponibles et d’apprendre les uns des autres. Haut ›

Dr Joshua Thambiraj

Edmonton, Alberta

Le processus objectif comporte cinq examens, écrits et cliniques. Trois de ces examens sont rigoureusement identiques à ceux que les étudiants diplômés au Canada doivent passer après avoir fini leurs études de médecine pour obtenir leur titre de MD. Nous devons passer deux examens supplémentaires, ce qui signifie objectivement que nous avons toutes les connaissances nécessaires et que nous avons acquis toutes les compétences nécessaires pour ouvrir un cabinet médical au Canada. Ceci étant, pour les médecins formés à l’étranger, il existe une composante subjective qui est l’endroit où il nous faudra travailler avec le précepteur qui va travailler avec nous pendant plusieurs mois pour s’assurer que nous exerçons notre métier de manière sécuritaire. Je pense que c’est justifié. Le problème, c’est que les personnes qui sont chargées d’arranger ce « préceptorat » ou cette évaluation ne sont pas très obligeantes. Premièrement, le processus n’est pas transparent, dans le sens où c’est généralement une seule personne qui prend la décision. Cette personne est le directeur des programmes des facultés universitaires de médecine et elle a le pouvoir exclusif de décider d’accepter une personne pour le poste ou non. Deuxièmement, cette même personne a le pouvoir de déterminer combien de postes sont disponibles et c’est là que le volet subjectif est un échec. L’Ordre n’a pas été en mesure de faire en sorte que ces personnes soient responsabilisées.

Évoquons le cas d’une femme médecin de 42 ans qui a travaillé comme chirurgienne pendant 15 ans dans son pays d’origine. Elle est venue au Canada et elle a passé les cinq examens, les examens objectifs. Tout ce qu’il lui faut maintenant, c’est un précepteur pendant six mois, mais cela fait trois ans qu’elle dépose des demandes en ce sens, sans succès. Pourquoi le système a-t-il échoué? Parce que l’Ordre a cette politique qui veut que vous passiez tous ces examens avant d’obtenir un précepteur. Ce à quoi les candidats répondent que c’est ce qu’ils ont fait, mais qu’il n’y a pas de précepteur.

Le Bureau du commissaire à l’équité n’a pas l’autorité requise pour demander si cette politique est équitable. Car il faut bien dire que si vous n’avez pas la possibilité de fournir un précepteur, l’intégralité du processus est injuste en soi.

Les médecins formés à l’étranger sont compétents et qualifiés – je parle de ceux qui ont passé tous les examens canadiens. Personne ne prend la défense de personnes non qualifiées ou qui ont étudié dans des universités douteuses. Le système de soins de santé de l’Ontario va profiter grandement de leur présence. Donc, si je devais regarder en avant dans cinq ou dix ans, si nous pouvions faire en sorte que ces médecins puissent exercer, les collectivités ontariennes en profiteraient grandement. Si les choses devaient ne pas changer, ce serait mieux d’être honnête et de dire au reste du monde que si les médecins formés à l’étranger viennent ici, il est probable à 95 % qu’ils ne pourront plus jamais exercer la médecine, sauf si les choses évoluent.

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George Thomson

Ganonoque, Ontario

En fait, je pense que le principal avantage de la Loi est qu’elle définit les exigences de base d’un processus équitable, quelle que soit la profession qu’une personne cherche à exercer. Il est important que les professions soient réglementées de manière indépendante, mais il est également important qu’elles respectent certaines exigences élémentaires et je pense que la Loi les définit, elle les définit très clairement et elle met en place un mécanisme grâce auquel les professions peuvent montrer qu’elles les satisfont ou grâce auquel il est possible de les aider à les satisfaire.

La profession d’où je viens, à savoir le barreau, est un exemple de profession où des progrès notables ont été réalisés. Si je devais faire une comparaison entre notre situation actuelle et notre situation d’il y a 10 ans en matière d’accès à la profession, non seulement pour les avocats formés dans d’autres pays, mais aussi pour les avocats formés dans d’autres provinces, nous avons vraiment fait des progrès énormes. Les titres de compétences acquis à l’étranger sont bien mieux reconnus, la volonté de pallier le manque de professionnels est là, de sorte qu’il est bien plus facile de lancer les démarches pour exercer sa profession en Ontario. Un programme de transition a même été élaboré dans l’une des facultés de droit pour aider les candidats.

Je pense que le fait d’avoir un Bureau du commissaire à l’équité, au moins sur le plan législatif, était extrêmement important à deux titres. Premièrement, il permet de s’assurer que des principes d’équité sont en place. Deuxièmement, il soutient les professions qui s’efforcent de mettre en œuvre des procédures novatrices, d’apprendre les unes des autres et d’apporter elles-mêmes des enseignements. Je vois le Bureau comme un outil de responsabilisation, mais aussi comme un organisme de soutien et de consultation.

Je pense qu’au départ, comme on pouvait s’y attendre, le Bureau a eu du mal à définir son rôle. Cela a parfois entraîné des tensions avec certains organismes de réglementation. Il lui a fallu de toute évidence recueillir énormément de renseignements et rédiger de nombreux rapports, ce qui a demandé énormément de travail aux organismes. Je pense que le Bureau apprend à apporter un soutien et a compris que des changements majeurs n’interviendraient pas du jour au lendemain. Il apprend aussi à prodiguer des conseils plus avisés quant à la définition des pratiques exemplaires et les différents moyens qui permettent de les mettre en œuvre.Haut ›